En étaux entre une population hostile et un pouvoir transitoire : L’avenir de la MINUSMA dans l’incertitude

En étaux entre une population hostile et un pouvoir transitoire : L’avenir de la MINUSMA dans l’incertitude

Depuis le renouvellement de son mandat, la mission onusienne au Mali se trouve aujourd’hui dans une vraie impasse. Prise en étaux entre une population hostile et le pouvoir en place, elle essaie tant bien que mal de tirer son épingle du jeu face à toute cette pression. Comme l’expulsion des soldats français, connaitra-t-elle le même sort ? Le Conseil de sécurité avait décidé le 29 juin 2022 par 13 voix pour et 2 abstentions -Chine et Fédération de Russie- de proroger d’un an, jusqu’au 30 juin 2023, le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) avec les mêmes effectifs maximums de 13 289 militaires et 1 920 policiers et les deux mêmes priorités stratégiques. Les compétences de la Mission en matière d’enquête sur les allégations d’atteintes aux droits de l’homme ont divisé les membres du Conseil et le Mali a fermement rejeté les dispositions concernant la libre circulation des membres de la MINUSMA dans ce domaine. Alors que la France, à l’origine de la résolution 2640 (2022), insistait sur cette nécessaire liberté face aux multiples accusations de violation des droits de l’homme, qu’elle a imputées tant aux groupes terroristes qu’aux Forces armées maliennes et aux « mercenaires du groupe Wagner », plusieurs autres membres –dont la Chine et le Gabon- ont estimé que le texte ne répondait pas aux besoins les plus pressants de la population en matière de sécurité et comportait trop d’injonctions, portant atteinte à la souveraineté du pays. Cependant, la résolution a autorisé la Mission à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour accomplir son mandat. Sa principale priorité stratégique reste « d’appuyer la mise en œuvre de l’Accord par les parties maliennes ainsi que par d’autres parties prenantes maliennes, ainsi que la transition politique ». La seconde est de « faciliter l’application par les acteurs maliens d’une stratégie politique globale et inclusive visant à lutter contre les causes profondes et les facteurs des conflits violents, à protéger les civils, à réduire les violences intercommunautaires et à rétablir la présence et l’autorité de l’État ainsi que les services sociaux de base dans le centre du Mali ». Le représentant du Mali avait quant à lui estimé que la MINUSMA avait pour mission « l’appui à la restauration de la sécurité et de l’autorité de l’État sur l’ensemble de notre territoire, condition sine qua non pour une meilleure protection des personnes et de leurs biens ». Sur son site internet, la Minusma a tenu a rappelé aux autorités maliennes que c’est à elles qu’il incombe au premier chef de protéger les civils au Mali et leur demande instamment de prendre rapidement des mesures pour protéger les civils dans tout le pays, pour prévenir et limiter au minimum les dommages que peuvent causer aux civils les opérations des Forces de défense et de sécurité maliennes et y remédier. Discordes Depuis le renouvellement de son mandat, la MINUSMA est aujourd’hui au cœur des critiques. Après la publication de son rapport accusant les forces de défense et de sécurité du Mali d’exaction sur les civils, le courant passe mal entre les deux structures. Des déclarations parfois mal perçues par Bamako ont valu l’expulsion du territoire de quelques représentants de cette mission onusienne sur le territoire. L’affaire des 49 militaires ivoiriens arrêtés à l’aéroport de Bamako a été la goutte d’eau qui a débordé le vase. En effet, tout va mal entre cette mission pour la paix et le gouvernement malien tant le flou sur cette affaire demeure préoccupant. Ni la Cote d’Ivoire d’où sont originaires ces soldats qualifiés de mercenaire encore moins l’ONU ne veulent endosser la responsabilité de cette brûlante question. De ce fait, les 49 protagonistes sont toujours entre les mains du pouvoir à Bamako. C’est dans ce contexte que le chef des missions de maintien de la paix de l’ONU a effectué une visite sur fond de tensions au Mali. Durant son séjour de cinq jours, Jean-Pierre Lacroix, évaluera la prolongation du mandat de la mission onusienne avec les autorités de la transition. Si Jean-Pierre Lacroix sera officiellement au Mali jusqu’au jeudi 28 juillet pour évoquer le prolongement d’un an du mandat de la MINUSMA avec les autorités maliennes, il y a fort à parier que le patron des missions de maintien de la paix se rend à Bamako pour calmer le jeu après ces deux semaines de polémique montées en épingle, qui se sont soldées par l’expulsion du porte-parole de la MINUSMA Olivier Salgado. Les autorités maliennes lui reprochent d’avoir posté sur le réseau social Twitter des « informations inacceptables » au lendemain de l’arrestation de 49 soldats ivoiriens à Bamako le 10 juillet. D’autant que les Nations unies insistent pour ne pas casser la dynamique de transition entérinée au dernier sommet de la CEDEAO en juillet dernier. Cette visite sera sans doute l’occasion pour M. Lacroix d’apporter des éclaircissements quant au statut des 49 soldats ivoiriens arrêtés il y a deux semaines sur le territoire malien. ASK