Pouvoir de transition et gouvernance vertueuse : L’intriguant omerta sur l’acquisition des aéronefs avec la Russie

Pouvoir de transition et gouvernance vertueuse : L’intriguant omerta sur l’acquisition des aéronefs avec la Russie

Le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga dénie-t-il un droit à l’information et à la transparence au peuple malien dans le dossier des récents équipements militaires pour le sécuriser ? Face au peuple, lors de sa récente interpellation devant le CNT, le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga, a laissé entendre que le plus important pour les Maliens est de savoir que l’armée est en train d’être bien équipée (aéronefs et autres matériels) et que, pour ce qui concerne les coûts de ces acquisitions, c’est « une affaire des militaires ». Laissant penser au concept de « la Grande muette », qualificatif dont est affublée l’Armée. Or, le peuple malien s’attend à une application stricte du principe de redevabilité, qui oblige les gouvernants à rendre compte de leur gestion aux gouvernés. Puisque, dans tous les cas de figure, la gestion des affaires publiques se fait à partir de l’argent du contribuable, donc du peuple, et la démocratie, selon la pensée de Montesquieu est « le pouvoir par le peuple et pour le peuple ». Comment donc peut-on concevoir que des milliards F CFA du peuple soient injectés dans l’acquisition de matériel de guerre (contre le terrorisme) sans que l’opinion en connaisse les coûts estimatifs ? Faut-il préciser que parmi les griefs soulevés contre le défunt régime IBK, les caciques du M5-RFP ont souligné la mauvaise gouvernance, le manque de transparence, l’impunité, la prévarication des ressources publiques ? Et l’on se rappelle de l’épisode de l’achat de l’avion présidentiel que l’on a qualifié de « IBK Air Force One ». Le coût de cet avion avait défrayé la chronique et a conduit à des poursuites judiciaires. Des anciens ministres comme Mahamadou Camara, Mme Bouaré Fily Sissoko sont même en détention dans cette sulfureuse affaire, alors que d’autres comme Moustapha Ben Barka sont recherchés par la justice. Sans compter que l’affaire des équipements militaires présumés surfacturés a conduit l’ancien Premier ministre, le désormais feu Soumeylou Boubèye Maïga en prison, jusqu’à son décès, suite à une maladie… S’y ajoute que le mouvement populaire de renversement du régime d’IBK a abondamment nourri le désir de changement dans la gouvernance en tablant sur la fin de l’impunité. Et le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga n’a de cesse de promettre une « gouvernance de rupture », « une gouvernance vertueuse ». Ce qui suppose que le citoyen doit vérifier et s’assurer de la bonne gestion de deniers publics dans la passation des marchés publics, brefs dans les actes de gestion quotidienne des affaires de l’Etat. Dès lors, plus d’un Malien se préoccupe de savoir sur quelles bases, l’Etat malien a-t-il pu nouer la nouvelle coopération en matière de défense avec l’Etat russe. Car, même s’il est salutaire de faire accompagner notre outil de défense avec des forces militaires russes en matière de formation et d’appui conseil, il est du devoir de l’autorité politique et militaire d’édifier l’opinion sur les modalités de ce partenariat appréciable. Et, en particulier, combien ont coûté au budget de l’Etat les hélicoptères de combat et de transports de troupes que le Mali a récemment acquis dans le cadre de cette coopération avec Moscou ? Les autorités militaires ne doivent-elles convaincre les partenaires sur leur bonne gouvernance en expliquant au peuple les coûts de ces équipements et leur mode de financement ? Comment cela pourrait-il en être autrement au moment où des soupçons de malversation pèsent encore sur l’application de la loi d’orientation et de programmation militaire ? Lesquels soupçons ont entraîné des menaces de poursuite sur certains anciens ministres, comme Tiéman Hubert Coulibaly, aujourd’hui contraint (selon lui-même) à vivre hors du pays ? De tout ce qui précède, il urge que les autorités de la Transition mettent tout en œuvre pour assurer une certaine transparence dans les actions de sécurisation du pays. Cela va de leur crédit et de la bonne image que doit avoir la transition. Tout omerta dans ce domaine devient hautement suspect, même si le devoir d’informer peut évoquer des limites liées au secret défense. Boubou SIDIBE